Feuilletons d’aujourd’hui

Louise ou les dessous de l’Eldorado - Épisode 7

Par Marie-Pascale Vincent Le 27/07/2015

     Devant l’ampleur du mouvement, les jours suivants, la compagnie des mines lâcha du lest. Elle reconnut l’existence du syndicat et accepta, sur injonction du gouvernement, de ne licencier aucun gréviste.
     Le travail reprit fin avril sans que la revendication principale des mineurs, la baisse du temps de travail à huit heures quotidiennes, ait été satisfaite. Le 1er mai ralluma les flammes de la révolte. Et cette fois-ci, les autorités envoyèrent l’armée soit trois milles hommes de troupe postés dans Alès, suivant les chiffres donnés par Le Petit Provençal. Face à cette démonstration de force, le syndicat battit en retraite, cédant en mai tout le terrain qu’il avait conquis en avril.
     Peu de temps après, des bruits terribles se mirent à courir. La compagnie s’apprêtait à renvoyer plusieurs centaines d’ouvriers qui avaient participé à la grève et à plonger autant de famille dans la misère. Elle en ferait l’annonce début juillet.
     À La Grand-Combe, Alice et Pierre occupaient un logement appartenant à la compagnie. Et si Pierre perdait son emploi, ils seraient mis à la porte. Alice était inquiète. Après les évènements, son homme avait fait une brève apparition puis il avait à nouveau quitté la maison. Personne ne savait où il se trouvait.
     Préparant un maigre repas, Alice tournait le dos à Louise, qui elle, pensait à Angelo. Quelques jours après leur étreinte en avril, ce dernier avait également disparu. Quand il avait appris ce qui s’était passé à Rochebelle, le visage d’Angelo s’était assombri. « Hier, la foule s’en est prise à un Espagnol, demain, tu verras, ce sera le tour des Italiens. Nous voilà revenus en 1848, au temps de la xénophobie. » Louise avait attiré le jeune homme contre elle, tentant de le rassurer. Mais ce dernier avait murmuré : « L’histoire n’est qu’un éternel recommencement. »
     Louise se demandait si elle avait une chance de revoir Angelo quand soudain, deux gendarmes frappèrent à la porte. Dans la cuisine, les deux femmes blêmirent.
     Le corps de Pierre avait été retrouvé gisant dans une forêt voisine du village cévenol dont ils étaient originaires. Pierre portait sur lui une lettre adressée à Alice. Une lettre que les gendarmes lui remirent en main propre.
     La pauvre femme ne savait pas lire. Et c’est Louise qui déchiffra la missive. « Je fais sans aucun doute partie de ceux qui vont être renvoyés. Je ne veux pas vous infliger l’épreuve de vivre avec un banni et de connaître à nouveau l’exil. Seule ma mort peut vous éviter de quitter ce pays où j’ai essayé, de toutes mes forces, d’ancrer à nouveau nos racines. Le deuxième feuillet contenu dans ce courrier est destiné à être transmis à la compagnie. Je veux que le patron sache les souffrances d’un vieux mineur comme moi, des souffrances terribles que j’ai toujours voulues vous cacher. L’absence est cruelle, mais ma mort doit servir à quelque chose. Celle d’Antoine, notre fils, m’a fait perdre la tête. Je ne suis plus digne de vivre. Je n’ai pas revu Angelo. J’aimerais qu’il veille sur vous. »
     Louise, repliant le papier, fondit en larme. Attirant Alice contre elle, elle prit sa main et la posa sur son ventre qui déjà s’arrondissait.

(à suivre)

Partagez cet article :
Retour Ecouter

Louise ou les dessous de l’Eldorado : Épisode 7

Liseuse
Bibliothèque Nationale de FranceDRAC Languedoc-RoussillonLa Région Languedoc Roussillon1077228_mmmLanguedoc-Roussillon livre et lecture
Découvrez votre territoire sous un jour nouveau : que s'est il passé près de chez vous il y a 150 ans ?
Disponible sur Google Play
Disponible sur App Store
Et plus encore
Lire les feuilletons d'aujourd'hui