Chronique #2 - 2/ Amélie-les-Bains (1864)
Le 09/01/2015Je m’installai aussi confortablement que possible dans la diligence pleine. Un soldat crachait, à chaque cahot de la route, dans un mouchoir ce qui me sembla être du sang. À côté de moi une dame corpulente couverte largement malgré la chaleur faisait malgré elle quelques mouvements pour se gratter. J’en conclus qu’elle devait souffrir de dermatoses. Un homme âgé tenait son genou soumis à la goutte visiblement. Un enfant bien pâle respirait difficilement avec un léger sifflement. Sa mère le tenait serré contre elle comme la poule protège ses poussins. Nous allions bon train, la route était sèche et à part quelques trous, elle était relativement bonne. Je n’avais qu’une infection légère au regard des personnes autour de moi.
Le paysage défilait, superbe et sauvage, aride par endroits. Enfin nous arrivâmes. Deux hommes en blouse blanche nous attendaient au pied de la diligence.
— Les militaires avec moi, cria l’un d’eux.
— Les civils, suivez-moi, ajouta l’autre.
Nous nous séparâmes non sans nous être salués. Bientôt arrivés aux thermes, une jeune et belle jeune fille nous accueillit avec un large sourire et de belles joues rondes.
— Mesdames, messieurs, je vais vous conduire auprès du docteur. Il va vous indiquer, en fonction de votre pathologie, votre traitement dans les jours qui suivent. Pour tout ce qui concerne votre bien-être, veuillez vous adresser à moi.
— Avec plaisir, mademoiselle, murmurai-je.
Après une attente un peu longue, le docteur me reçut.
— Votre pathologie me semble légère, néanmoins nous ferons le nécessaire.
— Docteur, si vous me le permettez, pourrais-je vous poser des questions sur les thermes et leur utilité médicale ? Je souhaitais être médecin moi-même, mais finalement un héritage fait que je peux disposer de mon temps. Cependant j’écris parfois pour des revues. À ce titre, j’aimerais vos lumières.
— Bien sûr. Je vous propose de nous revoir vers 4 h. Je dois d’abord m’occuper des patients.
— Parfait. Merci docteur.
Je partis d’un pas léger tenter de retrouver la jeune fille.
— Mademoiselle, vous travaillez depuis longtemps aux thermes ?
— Oui monsieur, assez longtemps pour savoir que vous me faites les yeux doux.
— Comment résister à vos charmes ?
Je me mis à tousser.
— Vous devriez prendre La réglisse des Carmes ou Le sirop concentré de Salsepareille composé.
— Pouvez-vous m’éclairer ?
— « La réglisse des carmes conserve la voix, facilite les digestions et guérit les enrouements, toux nerveuses, catarrhes, asthmes, grippes, coqueluches, rhumes et bronchites. » Elle est préparée et vendue chez M. Montoya, pharmacien. Et le sirop de Salsepareille est un dépuratif du sang créé par M. Quet aîné. Il « guérit radicalement les maladies Syphilitiques, les Affections de la peau, Dartres, Scrofules, les Rhumatismes, les maladies chroniques, les Vices du Sang et des humeurs ».
— Mademoiselle, dis-je en l’attirant vers moi pour lui chuchoter à l’oreille, combien touchez-vous pour chaque vente ?
Elle rougit, protesta un peu, mais je lui lançai un regard de braise.
— Quelques centimes de francs par produit vendu, monsieur. Mais ce sont de bons produits !
— Je n’en doute pas, mais appelez-moi Camille. Pourrais-je vous retrouver ce soir ?
— Non, non, le docteur ne le veut pas. Il me dit que j’attraperais des maladies.
— Il veut vous garder pour lui.
Confuse, elle s’échappa pour aller travailler. À 4 h, j’étais dans le bureau du médecin.
— Bienvenue à Amélie-les-Bains, sachez que nous constatons de nombreux progrès pour les maladies de la poitrine, en particulier pour les bronchites chroniques et l’asthme. Nous avons obtenu l’année dernière 190 guérisons et 774 améliorations. L’automne et l’hiver sont les meilleures saisons pour venir.
— Des décès ?
Sans répondre le moins du monde, il enchaîna comme s’il n’avait rien entendu :
— Tout le secret réside dans le dosage de l’eau et le soin apporté à chaque pathologie. Nos eaux sont constituées de soufre, de sodium, de chlore, de silicium, d’oxygène, d’azote et puis, en quantité moindre mais cependant intéressante, de fer, de calcium, de potassium, et de magnésium.
— La température est de combien lorsque l’eau jaillit ?
— 61°. Selon les pathologies, nous recommandons deux à quatre bains par jour. Une buvette de santé est installée avec huit sources différentes utilisées en gargarisme ou en boisson. Par exemple, le lieutenant M. G., atteint d’un éclat d’obus, manifestait de l’asthme sévère. En 71 jours, il a reçu 20 bains, 67 douches révulsives et 40 verres d’eau. À la fin, il galopait dans nos montagnes.
— Impressionnant.
Quelqu’un frappa timidement.
— Oui ?
— Docteur, la patiente de la 13 vous réclame. Je lui ai dit que vous étiez occupé, mais elle ne veut rien savoir.
— J’y vais, Amélie.
Devant mon air interrogateur, une fois le médecin parti, la belle jeune fille du matin ajouta :
— Maman m’a donné le nom du village, c’est aussi un prénom à la mode !
— J’aime beaucoup, dis-je en me rapprochant de ses charmes pour lui voler un baiser.
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