La double vue du commissaire Duplex - Épisode 8
Le 27/11/2014Le célèbre professeur Nimbus vient de montrer au commissaire Raymond Duplex combien la photographie peut être trompeuse.
« “En réalité, notre banquier n’a jamais possédé deux grands vases Ming authentiques, conclut d’un ton assuré le professeur, mais un seul accompagné d’une copie en réduction. La tentative de tromperie ne fait aucun doute.”
Sur mon visage devait se lire l’embarras ainsi que mon besoin de comprendre. Le temps pour notre expert de savourer cet instant, et il me livra son explication.
“Par définition la photo plate escamote la troisième dimension propre au relief ; toutefois le cerveau est capable de reconstituer celle-ci mentalement, à la condition que le cliché offre divers points de repère. Ainsi d’un objet qui masque partiellement un autre je déduirai qu’il est placé devant lui. Mais que viennent à disparaître ces signes et le cerveau sera abusé. C’était le rôle joué par le drap noir servant de décor. Il effaçait les repères spatiaux et annulait le jeu des proportions. Dans ces conditions, un objet placé devant un autre, plus grand, semblera de taille identique si l’on respecte la bonne distance qui les sépare. C’est cette illusion que lève l’image stéréoscopique. Monsieur Laval-Atger connaissait ce principe et il a joué du trompe-l’œil pour nous abuser. Peut-être s’imaginait-il être le seul à posséder ce savoir, en quoi c’est lui qui se trompait.”
Ainsi se termine cette histoire de laquelle, ajouta le conférencier, nous pouvons tirer non pas une, mais deux leçons. La première c’est que, devant l’image photographique, nous ne devons jamais nous départir de notre esprit critique puisque celle-ci, contrairement aux apparences et conformément à ce que je vous avais annoncé au début de mon intervention, n’est pas toujours fiable. La deuxième c’est que face à notre banquier, nous devons faire preuve de la même prudence pour les mêmes raisons.
Ah ! J’allais oublier. Permettez-moi encore un mot en guise d’épilogue. Pour ceux qui s’en inquièteraient, je tiens à préciser que la réputation de M. Laval-Atger n’eut pas à souffrir de son indélicatesse. Il sut faire valoir l’honorabilité de sa position dans la ville. »
Les applaudissements qui conclurent cette première intervention annonçaient en même temps la venue du deuxième conférencier.
FIN
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