Feuilletons d’aujourd’hui

La double vue du commissaire Duplex - Épisode 4

Par André Gardies Le 13/11/2014

     Raymond Duplex, célèbre commissaire à la retraite, rapporte l’enquête qu’il a menée chez le riche banquier Laval-Atger.

     « Les rideaux qui gonflaient sous l’action du vent ne laissaient aucun doute : un battant bâillait largement, des éclats de verre jonchaient le parquet. Situé à l’entresol, le bureau donnait sur un beau jardin aux riches frondaisons. Á l’évidence un intrus avait profité de la nuit pour s’introduire dans la pièce.
     “Lucile ! avait-il appelé, vous n’avez rien remarqué ? Rien n’a disparu ?” Tout était à sa place dans la cuisine ainsi que dans la chambre de madame, la salle à manger et le salon de réception, a-t-elle répondu après avoir procédé aux vérifications. Restait le bureau ! Effectivement, les tiroirs du secrétaire avaient été fouillés, les serre-livres style Empire avaient disparu ainsi que, ô catastrophe !, un des deux grands vases Ming qui encadraient la cheminée. Le plus beau, avec ses dessins bleus d’une grande pureté ! “Les mêmes que sur celui-ci”, a ajouté M. Laval-Atger en nous montrant un vase de bien plus faible dimension qu’il avait pris sur une étagère de la bibliothèque : “Une copie en réduction de celui qui a disparu, achetée en même temps que les deux grands”, a-t-il précisé.
     Deux pièces authentiques de l’époque Xuande qu’il avait payées une jolie fortune dans une grande galerie parisienne et dont il était particulièrement fier.
     Mais pourquoi un seul s’était-il évanoui ? s’interrogea-t-il avec les enquêteurs. Plusieurs hypothèses furent émises sans qu’on puisse décider. La plus probable optait pour un dérangement du voleur en pleine activité. La précieuse fragilité de la porcelaine exigeant d’attentives précautions, les deux pièces ne pouvaient sans risques, en raison de leur grande dimension, être emportées ensemble. Deux “voyages” étaient donc nécessaires. Un imprévu avait certainement perturbé l’équipée à l’instant du second.
     Malheureusement M. Laval-Atger était bien incapable d’apporter sa caution à une telle supposition : il n’avait rien entendu et ne gardait aucun souvenir de la nuit. En raison, finit-il par admettre, de l’état dans lequel l’avaient plongé les effluves d’Armagnac. »

(à suivre)

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