Feuilletons d’aujourd’hui

La double vue du commissaire Duplex - Épisode 2

Par André Gardies Le 06/11/2014

     Le commissaire honoraire Raymond Duplex vient d’être appelé par le président du Cercle littéraire et philosophique de Nîmes à prendre la parole.

     Non seulement par sa profession il avait croisé d’étonnantes destinées mais encore sa grande curiosité d’esprit le poussait à donner de l’oreille aux nouveautés du monde.
Sous les applaudissements, il s’avança jusqu’à la table qui faisait face à l’auditoire. La taille haute et plutôt bien proportionnée en dépit de l’âge, le front large souligné par une calvitie débordante, l’œil vif et les joues rouges, l’attaque ferme du talon pour grimper sur la petite estrade, tout en lui disait la passion et l’énergie. Atouts majeurs qui l’avaient si bien servi durant sa carrière et qui, si cette assemblée n’eût été aussi masculine, lui aurait valu bien des œillades.
De la poche de son veston, il sortit un simple calepin à la couverture usagée. Personne n’en fut surpris. C’était connu. Il ne s’embarrassait jamais de ces liasses de feuillets au milieu desquels finissaient par s’égarer la plupart de ses collègues. Prouesse admirable selon quelques rares auditeurs, désinvolture et légèreté coupable aux yeux des jaloux, les plus nombreux.
« Mes chers collègues, dussé-je m’affranchir des canons édictés par la tradition rhétorique, laissez-moi entrer sans préambule et sans autre forme de procès dans mon propos avec une question quelque peu brutale.
“Quelle valeur de vérité pouvons-nous accorder à l’image photographique ?” L’interrogation n’est pas neuve. Dès l’apparition voici bientôt soixante ans de cette technique (ou de cet art, mais gardons-nous d’ouvrir un autre débat), celle-ci a affiché sa supériorité sur le dessin et la peinture quant à l’exactitude de la reproduction du monde. Là où la passion et la subjectivité pouvaient infléchir la main qui tient le crayon, l’œil clair de l’objectif photographique capte directement et sans intervention humaine la diversité des objets qui s’offrent à lui. La chose est si bien entendue que la Justice, en sa quête de preuves, n’hésite pas à accorder grand crédit à ces témoignages visuels. La photographie n’est-elle pas comme une empreinte du monde, je dirais même une sorte de métonymie puisque la partie y vaut souvent pour le tout ? Une forme d’infaillibilité lui serait consubstantielle selon l’opinion commune. »

(à suivre)

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