La reine de Perpignan - Épisode 6
Le 19/02/2015 Le commissaire sortit un calepin de sa poche et prit des notes. L’adjudant Miquel poursuivit son récit :
— La police a interrogé longuement Francisco. Il a reconnu qu’il s’était disputé avec Manuela et il a déclaré que sa maîtresse était retournée vivre en Espagne. Personne d’autre n’a confirmé cette affirmation mais personne, non plus, n’a pu prouver le contraire. Faute d’éléments, l’enquête a été bouclée.
— Et vous, qu’en pensez-vous ?
— Francisco avait l’air si malheureux. Je l’ai cru. Á l’époque, je ne savais pas qu’il était marié et qu’il avait une fille à Perpignan. C’est lorsque j’ai été muté ici quelques mois après lui que je l’ai appris.
— Cette révélation vous a fait changer d’avis ?
— Pas le moins du monde, répondit-il avant d’ajouter avec un sourire. Je me suis dit que ce type-là était un sacré gaillard !
Le commissaire posa encore quelques questions auxquelles le militaire répondit avec précision puis il le remercia. Il allait rentrer chez lui lorsque l’inspecteur Leclercq fit irruption dans son bureau. L’adjoint était passablement excité.
— J’ai trouvé des témoins. Trois. Ils ont vu l’autre soir un individu enterrer quelque chose dans les jardins entre la Basse et la route de Thuir. Le type ressemblait à Francisco Coll. J’ai envoyé des hommes sur place. Ils nous attendent. Vous venez ?
Les deux hommes remontèrent les quais de la Basse d’un pas rapide. Ils dépassèrent le Palais de Justice, l’hôpital militaire puis l’Hôpital civil. Plus loin s’étendaient des jardins. Villanove se dit que l’endroit serait idéal pour construire un jour ici un grand établissement scolaire qui remplacerait le vieux Collège des garçons de la Place Arago.
Les deux policiers se rapprochèrent d’un petit groupe éclairé par une lanterne. Deux agents en uniforme tentaient de tempérer l’esclandre que faisaient trois hommes aux trognes avinées.
— Carall, je te dis que c’était là-bas, éructa le plus grand.
— Mais non c’était là, répliqua le plus vieux en frappant le sol de son pied, cap de cony !
Le commissaire tapa dans ses mains avec autorité :
— Messieurs, je vous en prie, les corps de deux femmes reposent peut-être là-dessous, alors un peu de décence.
Les hommes se turent aussitôt. Ils ôtèrent leurs casquettes.
— Alors, qui a vu quoi ? demanda Villanove.
Le plus grand et le plus vieux se tournèrent de concert vers le troisième homme.
— Camille Vila, professeur de musique, se présenta celui-ci.
Son visage avait la blancheur de l’ivoire mais son nez enluminé par l’ivresse brillait comme un phare dans la nuit.
— Je connaissais Coll. J’ai donné autrefois des cours de piano à Elvira. Je n’ai pas reconnu le type l’autre nuit mais, à la réflexion, ce pouvait être Francisco : il avait la même silhouette massive. C’est là-bas que je l’ai vu creuser le sol.
Il entraîna le groupe une dizaine de mètres plus loin jusqu’à un carré de terre fraîchement retournée. Les deux agents avaient apporté une pelle, ils la confièrent au plus fort des trois hommes qui se mit au travail.
— « L’autre nuit », c’était quand précisément ?, demanda le commissaire au professeur de piano.
— Jeudi dernier.
Villanove fit la moue. Jeudi… Le soir de l’élection. Étrange… Il n’eut pas le temps d’en penser davantage ; la pelle heurta une masse molle. Tout le groupe s’approcha. Malgré l’obscurité, on distinguait un corps. Le visage de l’inspecteur Leclercq s’éclaira. Tout ébaudi, l’adjoint se tourna vers son supérieur.
— Eh ben voilà, c’était une affaire simple : le préfet et moi, on avait bien raison, non ?
Le commissaire se pencha sur la masse sombre. Un agent approcha la lanterne :
— Les faits ne disent pas cela, commenta simplement Villanove.
Puis il éclata de rire.
(à suivre)
La reine de Perpignan : Épisode 6
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