Feuilletons d’aujourd’hui

La double vue du commissaire Duplex - Épisode 1

Par André Gardies Le 03/11/2014

     « Chers amis, éminents membres de notre savante société, sachez que la tâche qui m’incombe en cet instant est délicate puisque je dois vous inviter à tempérer l’exubérance de vos assourdissantes allégresses. Mais si, tel Janus le dieu au double visage, je suspends d’une main le plaisir de vos échanges conviviaux, de l’autre,  j’ouvre la porte aux jouissances de l’esprit et de l’éloquence puisque, selon notre rituel, notre assemblée se place maintenant sous l’égide de Calliope et Apollon. Que ces divinités inspirent nos orateurs du jour pour qu’ils aient, grâce à leur  savoir et leur esprit de finesse, tout pouvoir de nous charmer et de  nous instruire.
J’ai donc l’honneur et le plaisir d’accueillir notre premier intervenant. Avec lui la sagacité le dispute toujours à l’art du bien dire ou plutôt, pour reprendre l’heureuse formule de notre Président d’honneur, de la bonne disance. Chacun ici le connaît car souvent il nous a éclairés de ses lumières. Je vous demande d’applaudir monsieur le commissaire honoraire Raymond Duplex. »
L’homme qui pérorait ainsi présidait le Cercle Littéraire et Philosophique de Nîmes, sorte d’Académie provinciale qui réunissait quelques  notables de la ville, épris de savoir, d’intelligence et de beauté. C’était un soir d’automne, à la veille du XX° siècle, lors de l’équinoxe 1898 pour être précis.
Deux fois l’an, en ces jours de mars et septembre où la lumière et la nuit se partagent la durée de la rotation terrestre, la docte confrérie se pressait dans le salon du grand café Tortoni, rendez-vous de l’élégance nîmoise, pour s’y livrer au plaisir des joutes oratoires relevées d’une pointe de piment, celui des acerbes chuchoteries. Même en ce lieu, le recto de la « bonne disance » ne pouvait exister sans le verso de la médisance.
Le premier conférencier à entrer dans l’arène (Nîmes oblige !) avait bon renom, moins peut-être pour la poésie de sa langue, bien qu’elle fût parfois « fleurie » (dans son métier de policier, il fréquentait rarement les maîtres de la rhétorique ancienne) mais pour l’originalité des histoires qu’il rapportait.

(à suivre)

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