Louise ou les dessous de l’Eldorado - Épisode 2
Le 09/07/2015 Le pays béni de ses ancêtres, cette terre cévenole où tout pousse en abondance, des salades sauvages de « Repounsou » au printemps jusqu’aux châtaignes, cette manne tombant du ciel à l’automne, Louise ne l’avait pas connue.
Un dégradé de vallées à perte de vue, la chèvre et les brebis qui pâturent sur les larges bancels, les cloches des troupeaux se répondant d’un versant à l’autre et le Gardon grouillant de poissons qui coule en bas, tout en bas, tourbillonnant dans ces marmites creusées par les fées, elle les tenait des récits de son père.
Alors que tout le pays était protestant, la famille de Louise était catholique. Et le crime qui avait ébranlé le village en cette fin de XIXe siècle, avait réveillé de vieux démons. Le contremaître de la filature avait assassiné sa maîtresse, une jeune femme inconstante en amour et catholique qui plus est !
Depuis, certains au village s’en prenaient à la mère de Louise. Un soir, dans une ruelle, deux hommes sortant d’un bar, l’avaient menacée : « Si l’on te voit encore par ici, on te fait la peau ! C’est à cause de traînées comme vous que les hommes commettent le pire ! »
Il n’en fallait pas plus pour que Pierre, le père de Louise, décide de quitter le pays. Pierre était simple locataire de la pauvre maison qu’il habitait avec sa femme, Alice, et leurs quatre enfants. Les affaires seraient vite réglées. Il n’y avait rien à regretter.
Pas très loin, de l’autre côté de la montagne, se trouvait la ville minière de La Grand-Combe. Les patrons embauchaient à tour de bras. Ils avaient fait construire une église, ouvert un magasin, un dispensaire. Et les enfants, même les filles, avaient la chance d’aller à l’école.
Pierre avait réuni ses quelques amis et leur avait annoncé son départ. Bien décidé à vider la bouteille de gnôle, Jacquot, le frère de toujours, s’était resservi un coup à boire avant de répondre. « Pourquoi ne fais-tu pas comme tout le monde ? Va d’abord y passer une saison. Le travail à la mine, tu sais, ce n’est pas rien. Ma femme y a perdu son cousin. » « Ernest, un oncle », renchérit quelqu’un dans l’assistance. « Camille, son frère » fit entendre un autre. « La liste est déjà bien assez longue », reprit Jacquot. « T’as jamais entendu Gaston raconter sa première descente à la mine ? J’en ai encore des frissons », rajouta un gaillard, tapi dans l’ombre.
Mais Pierre se refusa à écouter les conseils de ses amis. À partir de ce jour, il déclara à qui voulait l’entendre que « La Grand-Combe, ça valait bien l’Amérique ».
C’était le seul espoir en tout cas qu’il pouvait offrir à sa famille. Profitant du fait qu’un paysan qui ne leur était pas hostile, descende vendre ses cochonnailles à la foire de la Grand-Combe, Paul sonna l’heure du départ. Il se débrouilla pour empiler leurs quelques effets sur la charrette déjà bien chargée. Les enfants également, furent autorisés à s’y hisser. Pierre et Alice iraient à pied, se relayant pour porter le bébé. Ils ignoraient encore la présence de Louise, bien au chaud dans le ventre de sa mère.
(à suivre)
Louise ou les dessous de l’Eldorado : Épisode 2
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