Feuilletons d’aujourd’hui

La reine de Perpignan - Épisode 7

Par Philippe Georget Le 23/02/2015

     L’inspecteur se pencha à son tour sur le cadavre. Il le toucha d’une main prudente.
     — Sapristi !
     Sous sa main, il avait senti un corps puissant.
     — Mais… Mais… Mais ce n’est pas Elvira !
     — Non, c’est certain, sourit le commissaire.
     Leclercq caressa le corps. Des poils drus lui piquèrent la paume.
     — Et ce n’est pas Éponine non plus, poursuivit un Villanove hilare.
     — Mais… Mais… Mais c’est…
     — Bon sang mais c’est Hubert, l’interrompit le professeur de piano. Le chien de Francisco !
     Le commissaire se souvint alors de sa première visite à la maison des Coll. Son pied avait heurté une assiette posée sur le carrelage de la cuisine. La gamelle d’Hubert ! L’inspecteur Leclercq ne disait plus rien. Á la lueur de la lanterne, il examinait consciencieusement le cadavre. Au bout de longues minutes, il se redressa.
     — On lui a défoncé le crâne. A coups de marteau probablement…
     — A coups de marteau, évidemment !, renchérit le commissaire en se remémorant l’outil souillé de sang et d’os découvert dans un atelier.
     — Pouah, quelle horreur, gémit le professeur de piano. Mais pourquoi ?
Jean Villanove haussa les épaules :
     — Coll l’aura tué avant de mettre fin à ses jours. C’est affreux mais affreusement banal également. Réaction classique d’un désespéré qui n’aura pas voulu laisser son chien seul derrière lui.
     Il ordonna aux agents de recouvrir à nouveau de terre le corps d’Hubert. Puis il donna rendez-vous à Leclercq pour le lendemain matin.
     — Un dimanche !, s’exclama Leclercq.
     — Oui, un dimanche. Cette enquête n’a que trop duré.
     Villanove avait en effet décidé de retourner à Elne. Puisque la piste d’Elvira et de sa mère se perdait dans cette cité, c’était de là qu’il convenait maintenant de repartir. Munis des photos des deux femmes, les policiers se postèrent dans les rues commerçantes du centre-ville et interrogèrent systématiquement les passants qu’ils croisaient. Leur quête fastidieuse finit par porter ses fruits.
     — Deux jolis brins de femme, commenta un négociant en vin qui sortait d’un bistrot, je me souviens bien d’elles. Oui, deux jolis brins de femme. Elles voulaient voir un ami à Banyuls et comme j’y repartais moi-même, je les ai emmenées dans ma charrette.
     Le commissaire n’écoutait plus. Banyuls… Ce seul nom avait allumé une lumière dans son esprit. Les rumeurs sur Elvira étaient donc fondées ! Avec Leclercq, ils prirent le premier train pour le village côtier. Là-bas, ils se firent prêter deux chevaux par les gendarmes car ils souhaitaient se rendre dans un mas éloigné de la côte.
     Ils arrivèrent à la Métairie au cœur de l’après-midi. Le ciel s’était couvert, il faisait presque nuit et de grands cyprès plongeaient la bâtisse dans les ténèbres. Ils frappèrent longuement à la porte. Celle-ci finit par s’ouvrir sur un personnage inquiétant. Aristide Maillol, le visage mangé par une barbe noire et hirsute, leur jeta un regard hostile et sombre. Il portait un long tablier maculé de taches fraîches. Il s’essuya les mains ajoutant à ces marques une empreinte rouge sang. Villanove sentit son adjoint se crisper et vit sa main plonger dans la poche de son manteau. Leclercq emportait toujours son arme avec lui.
     — Du calme, mon ami, du calme, fit le commissaire d’une voix douce.
     Puis il se présenta. Le visage de Maillol se détendit.
     — Je devine l’objet de votre visite, déclara l’artiste. Si vous voulez bien me suivre.
     Il les entraîna dans les entrailles de la Métairie. Après un dédale de couloirs, il poussa une porte et les fit entrer dans son atelier. Derrière une immense toile aux couleurs vives où le rouge dominait, deux belles femmes posaient en robe du soir.

(à suivre)

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La reine de Perpignan : Épisode 7

Liseuse
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