Louise ou les dessous de l’Eldorado - Épisode 5
Le 20/07/2015 Un soir, alors que la maison était pleine de monde, le père qui avait bu plus que de raison s’apprêta à quitter les lieux. Annonçant à la cantonade qu’il allait rejoindre une femme, il confia à Louise effrayée, le soin de s’occuper de ses amis.
Après son départ, Alice se réfugia dans le réduit qu’elle occupait désormais avec la grand-mère, à l’autre bout de la pièce. Mais Louise, elle, se tenait muette, n’osant quitter les lieux et désobéir à son père. Le contact d’une main douce et chaude posée sur son épaule ne réussit pas tout à fait à la sortir d’un trouble profond. Surprise et désarmée, Louise adressa un timide sourire à l’Italien qui se dressait tout près d’elle.
L’homme avait un regard qui inspirait la confiance. Et il engagea une longue conversation avec la jeune fille. Lorsque tout le monde s’apprêta à partir, il retint un instant la main de Louise, lui proposant de lui servir de cavalier, le week-end suivant, à l’occasion du bal qui suivrait le concert donné par l’harmonie.
L’Italien se prénommait Angelo. Il avait donné rendez-vous à Louise sur le perron de l’église. Avant de l’emmener au bal, il l’entraîna à sa suite dans l’église obscure et sortit de sa besace une lampe de mineur. Louise laissa s’échapper un cri. La lampe était une lampe Marsault, fabriquée tout près de La Grand-Combe, à Rochessadoule et commercialisée dans toute l’Europe. Le modèle était prisé des mineurs et ces derniers avaient l’interdiction formelle d’en sortir ne serait-ce qu’un exemplaire, de la mine. Comment Angelo avait-il réussi à s’en procurer une ?
Plutôt que de répondre à Louise, Angelo alluma la lampe et la braqua au plafond. « Cette église est remarquable à plus d’un titre. D’abord, la voûte de la nef est plus haute que celle de Notre-Dame de Paris. Et les grandes orgues romantiques, les vitraux ont été signés par de grands maîtres dans les années 1860. Mon père, vitrailliste de métier, a travaillé à leurs côtés. Il se rendait souvent sur des chantiers en France. La Grand-Combe fut le dernier. Il est mort accidentellement quelques années après son retour. Je l’ai à peine connu. »
Angelo apprit à Louise que lui-même était tailleur de pierre. Et bien que le travail ne manque pas, il hésitait à se fixer dans la région. Il se sentait l’âme d’un voyageur. « Et puis, ici, les gens n’ont pas l’habitude de côtoyer des étrangers. La plupart me ferment la porte au nez en apprenant que je suis italien. Bien avant la venue de mon père, quelques-uns des nôtres s’étaient installés à La Grand-Combe. La compagnie comptait sur eux pour transmettre leur savoir-faire aux mineurs du coin. Mais ces derniers ne les ont jamais acceptés. Violence à l’appui, la communauté italienne a été chassée du pays durant les évènements de 1848 », soupira Angelo.
Louise ignorait ce point de l’histoire. Angelo était le premier étranger à qui elle adressait la parole. Et elle protesta gentiment. « Mes parents ne nous ont pas élevés dans cet esprit. Chez nous, vous êtes toujours le bienvenu. » Louise fut elle-même surprise d’avoir prononcé ces paroles. Mais en son for intérieur, elle était flattée par le fait que cet homme, qui avait de la culture, s’intéresse à elle.
Après le bal donné par l’harmonie, on vit encore les deux jeunes gens se rendre ensemble à celui de la sainte Barbe puis à celui de la nouvelle année. Jusqu’à présent, Louise n’avait guère montré d’intérêt pour ce genre de divertissement. Et les langues auraient pu se mettre à jaser si des évènements d’une tout autre importance n’avaient occupé les esprits.
(à suivre)
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