Louise ou les dessous de l’Eldorado - Épisode 3
Le 13/07/2015 Pendant plusieurs années, ce fut comme si la famille de Pierre, fraîchement arrivée dans les prémices de la plaine languedocienne, avait gagné une sorte d’eldorado.
En plus d’offrir un travail au père, la direction de la mine lui procura un logement dans ces longues bâtisses à deux étages qu’elle avait fait construire pour ses employés. Sommaire, avec des toilettes communes pour l’ensemble des familles, un petit jardin qui donnait par-derrière, l’habitation dépassait cependant tout ce que les Cévennes avaient pu leur offrir, de l’eau au robinet et un chauffage à charbon.
Sur les rigueurs de la mine, le père ne prononça jamais un mot. Et Alice, profitant du vieil adage, « femme de mineur, femme de seigneur » échappa au travail des femmes, embauchées comme placières, à trier le charbon.
L’enfance de Louise fut baignée de cette atmosphère presque heureuse. Le père, Pierre, s’était pris d’une grande affection pour sa petite dernière. De son passé cévenol, il conservait le goût pour de longues promenades. Et quand il en avait le temps, le dimanche surtout, il emmenait Louise le long de la voie ferrée. L’une de leurs promenades préférées consistait à gagner les abords du souterrain reliant le quartier excentré de La Forêt au centre-ville. Pierre se lançait alors dans un récit fantasque où il retraçait pour Louise, l’arrivée du premier train à La Grand-Combe, peu avant 1850. Il réinventait les fastes de la fête, faisant surgir de ses récits les sept cents convives qui se pressaient dans le tunnel. S’adressant alors à Louise, damoiselle, comme l’aurait fait un jeune courtisan, il la prenait par la main, l’aidait à descendre le marchepied du wagon et l’entraînait vers un buffet imaginaire où tous deux finissaient par trinquer dans un même éclat de rire !
Chaque hiver également, Louise attendait avec impatience, le jour de la sainte Barbe, jour chômé pour les mineurs en l’honneur de leur sainte patronne. Le père était debout dès l’aube pour rejoindre le cortège de ses camarades se rendant en fanfare à la messe. Si certains y assistaient uniquement par obligation, c’était une condition pour toucher la prime accordée par la compagnie, Pierre avait la foi chevillée au corps. Il croyait fermement que Dieu avait guidé sa famille jusqu’à La Grand-Combe et tenait à l’en remercier. Puis vers midi, il rentrait à la maison et s’en retournait à la fête, accompagné des enfants.
Ce jour-là, une foule innombrable venue de tous les environs d’Alès mais aussi de Langogne, débarquait par le train. Sur les stands proposés par les forains, les attractions étaient nombreuses. On y voyait des choses incroyables comme cette séance de cinéma devant laquelle Louise et son père étaient restés bouche bée. Après un crochet par le stand des berlingots Mignon, Louise aimait ensuite se rendre avenue de la gare, profiter des animaux de la ménagerie Carmélie. Une année, sur la place de Bouzac, à côté du montreur d’ours, elle avait longuement contemplé de jeunes garçons exhibant les vautours qu’ils capturaient sur les hauts plateaux lozériens.
D’une fête de la sainte Barbe à l’autre, les années s’écoulèrent. Et Louise, désormais, était la seule à vivre encore sous le toit paternel. Son frère ainé travaillait à la mine et les trois autres, mariés, avaient quitté la région. Comme Pierre se l’était juré en quittant les Cévennes, toutes ses filles étaient allées à l’école. Brillante, Louise aurait pu partir à Alès, devenir institutrice. Mais son père adoré s’y était opposé. La jeune fille ne désespérait pas de le convaincre quand un soir, on frappa à la porte. Sans que le père ait eu le temps de réagir, deux gendarmes franchirent la porte de la maison.
(à suivre)
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