Feuilletons d’aujourd’hui

La rêveuse et la mandoline - Épisode 8

Par Jean-Pierre Kerloc'h Le 25/06/2015

     Nous avons quitté la maison de l’oncle Loïc et d’Éva. Mes parents ont dit qu’ils ne pouvaient pas la garder. Trop loin de Paris, trop abîmée aussi. Trop importants les droits de succession à payer. La seule solution, c’était de la mettre en vente.
     Le notaire s’occupera de la vente de la maison et des meubles que nous avons laissés. Un transporteur se chargera de nous livrer ceux que nous voulons sauver.
     Je quitte cette vieille demeure avec un pincement au cœur. Au bout de la ruelle, je me suis retournée une dernière fois avant de monter dans la voiture. Cette maison avait une âme et nous l’avons abandonnée.
     Nous voilà repartis.
     Les parents ont décidé de faire un peu de tourisme : les gorges de Galamus, Cucugnan et l’histoire de son curé, les châteaux cathares…
     Mon père a fait son petit exposé sur le catharisme…
     J’écoutais un peu, je me remplissais les yeux, mais je ne pouvais m’empêcher de songer à d’autres lieux. J’étais arrivée à Limoux à regret, j’en étais repartie avec des regrets.
     Et puis, on est rentrés à Paris.
     Un jour en vidant les poches de mon blouson, avant de le donner à nettoyer, j’ai trouvé une rose rouge. La rose de tissu que Véra m’avait offerte. Mon cœur n’a pas eu peur de cette fleur fantôme. Il battait de bonheur. Cette rose, c’est un de mes trésors. J’aimerais la porter sur moi, mais j’ai peur de la perdre ou qu’on me la prenne. Alors, je la garde dans ma chambre, plantée dans un petit vase soliflore.
     Maman m’a réservé une belle surprise : elle a fait entièrement restaurer la mandoline. J’ai appris à en jouer. Elle est moins sonore que ma guitare, mais je la trouve plus délicate, plus romantique.
     De temps en temps, je vais sur Internet, regarder sur l’écran de mon ordi les tableaux de Marie Petiet. Mais cela ne me suffit pas. Un jour, je reviendrai à Limoux. Léo m’emmènera au carnaval ; j’irai au musée pour retrouver Véra, la demoiselle à la mandoline.
     Le temps a passé. Je ne sais pas si je verrai un jour Manitas de Plata en vrai. Cela me laisse un petit goût de tristesse. Heureusement, maintenant, j’ai une amie secrète.
     Certaines nuits, Véra traverse le temps et revient partager mes rêves. Elle joue pour moi des mélodies d’autrefois : ballades, sonates et fantaisies, danses et contredanses, airs joyeux d’opérettes…
     Je joue pour elle les airs à la mode d’aujourd’hui.
     Ensemble nous improvisons des mélodies nouvelles. Ensemble nous rions et nous chantons.
     Parfois, Éva apparaît et vient se joindre à nous.
     D’autres fois, la musique m’emporte et me ramène vers le passé. Je me retrouve dans la vieille maison de l’oncle Loïc, dans l’atelier dallé de tomettes rouges.
     Je retrouve la mandoline posée sur l’établi, mes doigts la caressent, l’étreignent et commencent à pincer une à une ses cordes.
     À côté de moi, Véra est là. Véra, mon amie, ma sœur, qui me regarde et m’écoute en souriant.
     J’aperçois mon reflet dans la glace.
     Je vagabonde et je me perds dans mes rêves et des rêves de rêves.
     Suis-je Alice, Éva ou Véra ? Par moments, je ne sais plus…

Je suis la rêveuse à la mandoline.

FIN

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La Rêveuse : Épisode 8

Liseuse
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